Édito : 

Notre Mère qui es aux cieux…

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Les mots que nous utilisons sont souvent source de malentendus, et la religion n’est pas épargnée par ce phénomène. Notre manière de parler de Dieu est très masculine, voir machiste: on parle d’un Dieu, père, créateur, sauveur… La féminité semble absente. Nos façons de parler de Dieu ou de nous adresser à lui sont imparfaites et peuvent évoluer. Dans des sociétés très patriarcales on peut comprendre qu’il ne soit possible d’évoquer Dieu qu’au masculin, comme on peut comprendre que dans des sociétés qui ont connu une ouverture à la pluralité et une forte émancipation des femmes il soit possible de l’évoquer de manière plus large, et choquant de ne pas prendre en compte sa dimension féminine. Il ne s’agit pas de faire du politiquement correct et de surfer sur la vague d’un féminisme revendicatif, mais de faire honneur à Dieu dans toutes ses dimensions, qui nous dépassent et restent un mystère insondable. 

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Créés à l’image de Dieu : homme et femme

Est-il possible d’attribuer un sexe à Dieu, lui qui est le tout-autre? Si Dieu est Dieu et qu’il a créé l’humanité à son image, alors la complémentarité homme/femme est inscrite dans sa nature. Il n’est pas plus homme que femme. Dans les textes sacrés Dieu n’est pas enfermé dans des comportements typiquement masculins, et parler de la miséricorde divine fait référence à ce qu’une mère ressent dans ses entrailles lorsqu’elle considère ses enfants avec amour. Les attributs de Dieu ne sont pas uniquement paternels: il y a bien sûr l’autorité, la protection, la correction, qui peuvent être considérées comme plus «masculines»– avec toutes les précautions à prendre dans cette manière de figer les choses de manière dualiste – mais il y aussi toute la tendresse, la miséricorde, le pardon que l’on pourrait attribuer à la part féminine de l’humain.

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La maternité de Dieu

La maternité est une des caractéristiques de Dieu, et elle peut nous aider à comprendre sa relation à l’humanité, relation caractériser par la tendresse, la patience, la constance, la miséricorde, la bienveillance… Les chrétiens peuvent veiller à ce que cette dimension soit réellement prise en compte dans l’Église. Il est évident qu’il y a des règles, des repères, des obligations en religion, mais cela n’a de sens que si en même temps il y a de la bonté, de l’amour et du pardon. Voici quelques paroles du pape François prononcées lors d’une rencontre avec l’Union des supérieures générales des congrégations féminines du monde (UISG) sur la maternité de l’Église: «L'Église est une femme, elle est une mère. Nous le disons: je crois en la Sainte Mère Église. En parlant de fragilité, le point de rencontre avec la fragilité est le point qui nous fait comprendre ce qui s’est passé lorsque Dieu a envoyé son Fils: Dieu rencontre la plus grande des fragilités, la fragilité humaine, et prend la plus grande fragilité, prend notre humanité. N'ayez pas peur de la fragilité, approchez-vous de la fragilité humaine. Se rapprocher de la fragilité humaine n’est pas un acte de charité sociale, c’est un acte théologique, il va au point de la rencontre entre Dieu et une femme, il s’est incarné… Le ministère avec fragilité… Il ne faut pas avoir peur, car c'est le miroir de l'incarnation du Seigneur. Soyez des mères…». Il s’adresse à des religieuses, mais cela peut rejoindre toute personne qui s’engage au service des autres et en Église.

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Une question d’équilibre

Nous sommes invités à sortir des clivages et de la dualité entre force et douceur, entre règle et pardon, entre foi et raison, entre exigence et miséricorde… Les deux ne peuvent fonctionner qu’ensemble, en complémentarité. Dieu le vit en lui-même et nous sommes invités à le vivre nous aussi. Ceux qui s’engagent dans des missions éducatrices le savent d’expérience, et nous l’éprouvons quotidiennement dans le cadre de l’Œuvre: toute personne se construit dans l’équilibre des deux pôles, masculin et féminin, faute de quoi il n’aura pas une colonne vertébrale suffisamment solide pour se tenir debout ni la souplesse nécessaire au mouvement.

Olivier 

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L'Évangile du mois

L’Évangile du mois sera proclamé pour la Fiesta, le 30 juin prochain.

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc

Comme le temps approchait où il devait être enlevé de ce monde, Jésus prit résolument le chemin de Jérusalem. Voici qu’il envoie des messagers devant lui, ils partent et entrent dans un village de Samaritains pour préparer son arrivée. Mais les gens ne veulent pas les recevoir, car ils font route vers Jérusalem. Voyant cela, les disciples Jacques et Jean disent à Jésus : «Seigneur, si tu voulais, nous dirions une parole pour que le feu descende du ciel et les réduise en cendres». Jésus alors se retourne et les reprend : «Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes!», et ils se dirigent vers un autre village. 

Tandis qu’ils faisaient route, quelqu’un lui dit : «Je suis prêt à te suivre partout où tu iras!» Jésus lui répondit : «Les renards ont un terrier, les oiseaux du ciel ont un nid, mais le Fils de l’Homme n’a pas où reposer sa tête». Il dit à un autre : «Suis-moi !» Celui-ci répondit : «Seigneur, permets-moi d’abord de retourner, que je puisse enterrer mon père». Jésus lui dit : «Laisse les morts enterrer leurs morts, mais toi, pars annoncer le Royaume de Dieu !» Un autre encore lui dit : «Je suis prêt à te suivre, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord dire adieu à ma famille». Jésus lui dit : «Celui qui a mis la main à la charrue et puis regarde en arrière, n’est pas bon pour le Royaume de Dieu».

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Le contexte

Jésus est sur le chemin qui le mène vers la croix, sur le chemin entre la Galilée, lieu des débuts de sa vie publique, à la Judée. Pour arriver à Jérusalem, il lui faut passer par la province de Samarie. Leurs habitants sont mal vus de la part des Juifs et réciproquement les Samaritains les détestent. C’est l’occasion pour Jésus de délivrer un enseignement sur la manière d’être un disciple.

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Comment être un bon disciple?

Jésus nous enseigne quatre pistes concrètes pour vivre en disciple.

• Tout d’abord, avoir du courage, être résolu comme il l’a été durant toute sa vie et en particulier lors de son parcours de la Galilée vers Jérusalem

  • Ne pas utiliser la force mais établir un vrai dialogue. L’une semble plus efficace à court terme mais elle n’est pas évangélique. L’autre honore la manière de faire de Jésus et se montre plus féconde sur un temps long. Ce conseil donné à Jacques et Jean est valable bien sûr pour nous aujourd’hui.
  • Ne pas s’installer, vivre en «sénateur». Un disciple, nous dit Jésus, n’a pas de lieu où reposer sa tête. Nous sommes appelés dans une situation d’«intranquillité». Pensons à Marie au moment de l’Annonciation ou à saint François d’Assise quand il perçoit l’appel du Seigneur pour reconstruire l’Église. 

• Enfin, être disciple de Jésus, c’est refuser toute forme de nostalgie. Nous devons éviter de regarder le passé de façon trop fréquente et idéalisée. C’est le sens de cette parole mystérieuse prononcée par Jésus: «Laissez les morts enterrer les morts».

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L’Évangile n’est pas une recette de cuisine que l’on pourrait réussir en conservant toujours les mêmes ingrédients parce qu’ils ont fait leur preuve dans le passé. L’Évangile est lié à une époque, un contexte et doit, sans les épouser, s’adapter à la culture, aux modes de vie. L’image de la charrue est parlante. À reproduire les schémas du passé, on court le risque de proposer un Évangile fade qui ne répond pas aux aspirations profondes des hommes et des femmes d’aujourd’hui. S’adapter, ce n’est pas rompre avec le passé mais respecter le principe d’incarnation qui ne sépare jamais la Bonne Nouvelle de l’Évangile de ceux qui désirent la vivre. Notre vocabulaire, nos liturgies, nos manières de vivre l’Évangile peuvent évoluer mais l’Esprit reste le même. C’est à cette belle tâche d’adaptation dans la continuité à laquelle nous sommes attelés... et appelés. Au travail !

Didier Rocca

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Le mot du jour : Jérusalem

La ville de Jérusalem est considérée comme «trois fois sainte» car elle contient les lieux les plus sacrés des religions juive et chrétienne et le troisième lieu saint de l’islam. Dans l’Évangile, la Passion de Jésus a pour cadre géographique la ville de Jérusalem. Marcher vers Jérusalem signifie s’approcher du terme de sa vie terrestre. C’est aussi un lieu de pèlerinage à l’époque de Jésus, en particulier pour les fêtes juives de Pâques, de Pentecôte et des tentes.

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La grâce d’accompagner

Vos enfants ne sont pas vos enfants. (...) Vous pouvez leur donner votre amour mais non vos pensées, car ils ont leurs propres pensées

(Khalil Gibran, Le Prophète)

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Ces quelques mots de ce poète libanais du début du XXe siècle ont un écho particulier pour nous qui avons le privilège d’accompagner les jeunes du caté sur leur chemin de foi. En effet, semaine après semaine, nous réalisons bien que nous ne leur apprenons pas grand-chose: ils savent l’essentiel. Oh, bien sûr, ils confondent parfois les prophètes (c’est lequel déjà le vieux qui voulait tuer son fils? Moïse ou Abraham?), se demandent bien pourquoi il n’y a pas qu’un seul évangile (ce serait bien plus court à lire), et font la moue en entendant «Heureux les pauvres» (mais moi je veux pas être pauvre, c’est nul!) Oui, ce qui est difficile à entendre pour nous l’est aussi pour eux! Mais ils savent, profondément, le bien et le mal, le laid et le beau, le juste et l’injuste. Ils ont leurs révoltes, leurs désirs, leurs aspirations, non seulement pour eux mais aussi pour le monde. Je frissonne encore en me souvenant d’un enfant qui, après avoir visionné un documentaire sur l’Abbé Pierre, se lève et lance, des larmes dans la voix: «Mais alors, puisqu’on SAIT, pourquoi il y a encore des pauvres?» On est bousculé, mais ramené aussi à ce qui est un pilier de notre foi: tu es chrétien quand tu donnes à manger à celui qui a faim, quand tu luttes contre l’injustice, quand tu agis, en somme. On vit aussi des moments drôles: après avoir parlé de la sainteté, à la Toussaint, pleines d’enthousiasme nous leur lançons «Ça vous donne pas envie d’être saint, tout ça?», et eux de nous répondre: «Ben non, c’est trop de boulot, saint»… On a vite fait de redescendre sur terre, avec les jeunes: leur vie s’ancre dans le présent, dans l’expérience de chaque jour, on a une obligation de réalisme. Ce qui n’empêche ni confiance ni espérance: lors de la retraite de préparation au baptême, nous leur présentons les dons de l’Esprit1 et les yeux brillants, un grand sourire aux lèvres, un enfant s’exclame: «Avec tout ça, on est blindés!»

Et nous, nous rendons grâce de ce chemin que Dieu trace en chacun de leur cœur.

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Magali, de l’équipe du caté de l’Œuvre 

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1.    Ac 2, 3-4. La Tradition les décline ainsi: Sagesse, Intelligence, Science, Force, Conseil, Piété, Crainte

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Être chrétien, c’est une rencontre

Jésus ne nous a pas envoyés pour que nous devenions les plus nombreux! Il nous a appelés pour une mission. Il nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain: le levain des béatitudes et de l’amour fraternel […]. Cela signifie, chers amis, que notre mission de baptisés, de prêtres, de consacrés, n’est pas déterminée particulièrement par le nombre ou par l’espace que nous occupons, mais par la capacité que l’on a de produire et de susciter changement, étonnement et compassion; par la manière dont nous vivons comme disciples de Jésus au milieu de celles et ceux dont nous partageons le quotidien […]. Autrement dit, les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme, qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5, 13-15).

[…] Parce qu’être chrétien, ce n’est pas adhérer à une doctrine, ni à un lieu de culte, ni à un groupe ethnique. Être chrétien, c’est une rencontre. Nous sommes chrétiens parce que nous avons été aimés et rencontrés et non parce que nous sommes des fruits du prosélytisme. Être chrétiens, c’est se savoir pardonnés et invités à agir de la même manière que celle dont Dieu a agi avec nous, puisqu’«à ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l’amour les uns pour les autres» (Jn13,35).

Pape François

Cathédrale Saint-Pierre de Rabat, Maroc, 31 mars 2019.