Édito : 

Dieu pour tous

​

Nous venons de célébrer les fêtes de la nativité, marquées par Noël, l’évocation de la Sainte Famille, l’Épiphanie, le baptême de Jésus au Jourdain… Le 2février nous terminerons avec la présentation de Jésus au temple, la fameuse fête de la Chandeleur particulièrement célébrée à St-Victor par les Marseillais. Ces festivités nous donnent l’occasion de comprendre le projet de Dieu lorsqu’il vient à la rencontre de l’humanité: il se rend présent à tous.

​

Jésus reconnu par tous

À Noël, Jésus est révélé comme le Messie, l’envoyé, le Fils de Dieu. Il naît dans des conditions de pauvreté et de précarité extrêmes, il ne fait pas partie d’une élite de gens riches et importants. Il est révélé tout d’abord aux plus pauvres, aux bergers, qui entendent l’annonce par les anges, ces êtres symbolisant la proximité avec le monde divin. Ces «petits» que sont les bergers entonnent le même chant que les anges, le «Gloire à Dieu», ils prennent leur relais, ils deviennent leurs égaux! Dieu n’est pas réservé à une élite de méritants mais il se donne à reconnaître d’abord aux humbles et aux méprisés. Avec l’Épiphanie, fête patronale de l’Œuvre, ce sont des savants venus de loin qui viennent adorer comme le prince de la paix et le roi du monde ce petit d’homme vulnérable et pauvre. Dieu n’est pas réservé aux seuls croyants juifs, il est aussi reconnu par des étrangers qui ne partagent pas la foi des Hébreux. Avec le baptême et la présentation au temple, cet enfant né dans une famille particulière – son père Joseph n’est pas son géniteur – est reconnu par Jean-Baptiste le prophète, Anne et Siméon les vieux sages du temple – des personnages qui symbolisent la grande tradition hébraïque – comme étant le messie attendu. Dieu accomplit véritablement sa promesse et s’incarne en Jésus, comme annoncé dans les écrits de la tradition biblique. Toute sa vie durant Jésus fera tomber les barrières qui pourraient exister entre Dieu et l’humanité; il se fait proche de ceux qui sont symboliquement les plus éloignés de la supposée perfection humaine et religieuse pour leur signifier qu’en réalité ils ne sont pas exclus de l’alliance divine; ils en sont plutôt les premiers destinataires. Jésus vient partager l’existence des exclus et des marginaux, il sera condamné, torturé et tué, subissant le sort réservé aux pires criminels païens.

​

Dieu pour tous

Après l’incarnation du Christ, personne ne peut dire qu’il est trop indigne ou marginal pour que Dieu s’intéresse à lui. Au contraire, Jésus s’approche des plus petits et partage leur condition en se faisant l’un d’entre eux. La Bonne Nouvelle chrétienne est donc marquée par cette notion extraordinaire qu’est la proximité de Dieu qui ne veut exclure personne et qui détruit les barrières que les hommes érigent entre eux. Parler de la volonté de Dieu, c’est parler de paix, d’harmonie, de bonheur partagé, et cela est bon pour tout le monde, même pour ceux qui n’ont rien à faire de Dieu ou de la religion! Notre Église se doit d’être au service de cette Bonne Nouvelle en luttant contre tout ce qui pourrait faire séparation et exclusion. Et Dieu sait que les hommes sont très inventifs pour construire des murs entre les personnes. Les chrétiens, par leurs paroles, leurs actes, leurs positions doctrinales et leurs engagements témoignent du projet de Dieu pour le monde. Il nous est bon de nous souvenir que c’est dans le quotidien de nos vies que nous pouvons réellement partager nos convictions et témoigner de notre espérance: nous sommes aimés et appelés à aimer.

​

Une mission pour chacun

Nous avons toutes et tous notre rôle à jouer dans cette mission d’ouverture et d’accueil. C’est par nos attitudes, nos engagements, nos paroles et nos actes que ceux qui ne se sentent pas dignes d’entrer en relation avec Dieu peuvent se laisser toucher et déplacer dans leur compréhension du projet de Dieu. Il ne s’agit pas de faire du prosélytisme en voulant forcer les gens à devenir croyants, mais il s’agit de tout mettre en œuvre afin que chaque personne se découvre invitée à entrer en relation avec Dieu, accueillie, responsabilisée, aimée, estimée… Comme le dit la conclusion d’une prière populaire: «Dieu seul se suffit à̀ lui-même, mais il a voulu avoir besoin de chacun de nous…».

​

Olivier 

​

​

​

L'Évangile du mois

L’Évangile du mois sera proclamé le dimanche 3 février, le jour de notre pélé à St-Victor.

​

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc

En ce temps-là, dans la synagogue de Nazareth, après la lecture du livre d’Isaïe, Jésus déclara: «Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre».

Tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient: «N’est-ce pas là le fils de Joseph?»

Mais il leur dit: «Sûrement vous allez me citer le dicton: «Médecin, guéris-toi toi-même», et me dire: «Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm: fais donc de même ici dans ton lieu d’origine!» Puis il ajouta: «Amen, je vous le dis: aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays. En vérité, je vous le dis: Au temps du prophète Élie, lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie, et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre, il y avait beaucoup de veuves en Israël; pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles, mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon, chez une veuve étrangère. Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël; et aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman le Syrien».

À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin.

​

Le contexte

Nous sommes au début de la vie publique de Jésus dans le village de sa naissance. Un jour de sabbat, Jésus est autorisé à lire la parole et à en faire le commentaire, ce que nous appelons aujourd’hui l’homélie. Le passage de ce jour nous raconte la réaction des fidèles à ses paroles.

​

Réactions mitigées comme un résumé d’Évangile

Certains sont dans l’étonnement, d’autres sont furieux. Il semblerait que ces réactions résument l’impact que Jésus a eu sur ses contemporains durant toute sa vie publique. Dans un premier temps, les actes et les paroles de Jésus intéressent et même subjuguent les foules. 

Ensuite, Jésus approfondit son message et fait sentir son originalité. Ici, Jésus montre par des exemples tirés de l’Écriture que l’action de Dieu déborde des frontières d’Israël. Pour le coup, l’admiration se transforme en révolte. Le mystère de la croix est ici suggéré, celui qui était idolâtré sera tué. La réaction de Jésus est significative: «Passant au mieux d’eux, il allait son chemin». Son chemin, on le sait, le mènera jusqu’à la croix mais ce n’est pas encore le moment.

​

Nul n'est prophète en son pays…

Jésus dans la synagogue de Nazareth choque, provoque une certaine violence et pourtant il ne dit rien d'extraordinaire. Il dit ce qui l’habite, il ose simplement se comparer aux prophètes Elie et Élisée. Dans ce dévoilement progressif de son message, Jésus n'a pas peur. Malheureusement, ce dévoilement va de pair avec l'animosité, la haine qu'il provoquera chez certains juifs.

​

Aujourd’hui la Parole s’accomplit

Comment actualiser cette Parole?

Il est souvent tentant d’écouter la Parole de Dieu comme un discours bien comme il faut, qui déploie de bonnes intentions, des valeurs connues et reconnues par notre société. Pourtant cette Parole, quand on la lit attentivement, dérange, me dérange, nous dérange. L’Évangile ne raconte pas de belles histoires pour enfants sages, elle vient nous provoquer. Oui, Dieu en Jésus-Christ n’est pas venu simplement sauver ceux qui pensent comme lui, ceux de son camp! À la suite des prophètes, le Christ vient bouleverser notre représentation de la religion, Dieu n’est pas le Dieu de quelques-uns, il est le Dieu de tous! Que cela nous rende furieux ou pas, le Christ est venu sauver la multitude!

​

​

​

Didier Rocca

​

Le mot du jour : Naaman, le syrien

Naaman, un païen, est guéri en devant se plonger sept fois dans le Jourdain. La condition était simple et précise. Il résiste dans un premier temps à cette demande. Cette logique aurait pu le perdre, car il oublie ou ignore que les voies de Dieu sont souvent folies pour les hommes. Le Jourdain était la seule voie pour la purification de Naaman, tout comme Jésus est le seul chemin pour mener à Dieu. Jésus dans le passage mentionné reprend à son compte cet épisode de l’Ancien Testament, plus précisément dans le chapitre 5 du second livre des Rois. Il mérite d’être lu, l’histoire est à la fois simple et très évocatrice.

​

​

​

Lettre du pape François au Peuple de Dieu

​

«Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui» (1 Cor 12, 26).

​

Ces paroles de saint Paul résonnent avec force en mon cœur alors que je constate, une fois encore, la souffrance vécue par de nombreux mineurs à cause d’abus sexuels, d’abus de pouvoir et de conscience, commis par un nombre important de clercs et de personnes consacrées. Un crime qui génère de profondes blessures faites de douleur et d’impuissance, en premier lieu chez les victimes, mais aussi chez leurs proches et dans toute la communauté, qu’elle soit composée de croyants ou d’incroyants. Considérant le passé, ce que l’on peut faire pour demander pardon et réparation du dommage causé ne sera jamais suffisant. Considérant l’avenir, rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétuées. La douleur des victimes et de leurs familles est aussi notre douleur; pour cette raison, il est urgent de réaffirmer une fois encore notre engagement pour garantir la protection des mineurs et des adultes vulnérables.

​

1. Si un membre souffre

Ces derniers jours est paru un rapport détaillant le vécu d’au moins mille personnes qui ont été victimes d’abus sexuel, d’abus de pouvoir et de conscience, perpétrés par des prêtres pendant à peu près soixante-dix ans. Bien qu’on puisse dire que la majorité des cas appartient au passé, la douleur de nombre de ces victimes nous est parvenue au cours du temps et nous pouvons constater que les blessures infligées ne disparaissent jamais, ce qui nous oblige à condamner avec force ces atrocités et à redoubler d’efforts pour éradiquer cette culture de mort, les blessures ne connaissent jamais de «prescription». La douleur de ces victimes est une plainte qui monte vers le ciel, qui pénètre jusqu’à l’âme et qui, durant trop longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passée sous silence. Mais leur cri a été plus fort que toutes les mesures qui ont entendu le réprimer ou bien qui, en même temps, prétendaient le faire cesser en prenant des décisions qui en augmentaient la gravité jusqu’à tomber dans la complicité. Un cri qui fut entendu par le Seigneur en nous montrant une fois encore de quel côté il veut se tenir. Le Cantique de Marie ne dit pas autre chose et comme un arrière-fond, continue à parcourir l’histoire parce que le Seigneur se souvient de la promesse faite à nos pères: «Il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides» (Lc 1, 51-53); et nous ressentons de la honte lorsque nous constatons que notre style de vie a démenti et dément ce que notre voix proclame.

Avec honte et repentir, en tant que communauté ecclésiale, nous reconnaissons que nous n’avons pas su être là où nous le devions, que nous n’avons pas agi en temps voulu en reconnaissant l’ampleur et la gravité du dommage qui était infligé à tant de vies. Nous avons négligé et abandonné les petits. Je fais miennes les paroles de l’alors cardinal Ratzinger lorsque, durant le Chemin de Croix écrit pour le Vendredi Saint de 2005, il s’unit au cri de douleur de tant de victimes en disant avec force: «Que de souillures dans l’Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement! Combien d’orgueil et d’autosuffisance! […] La trahison des disciples, la réception indigne de son Corps et de son Sang sont certainement les plus grandes souffrances du Rédempteur, celles qui lui transpercent le cœur. Il ne nous reste plus qu’à lui adresser, du plus profond de notre âme, ce cri: Kyrie, eleison – Seigneur, sauve-nous (cf. Mt8,25)» (Neuvième Station).

​

2. Tous les membres souffrent avec lui

L’ampleur et la gravité des faits exigent que nous réagissions de manière globale et communautaire. S’il est important et nécessaire pour tout chemin de conversion de prendre connaissance de ce qui s’est passé, cela n’est pourtant pas suffisant. Aujourd’hui nous avons à relever le défi en tant que peuple de Dieu d’assumer la douleur de nos frères blessés dans leur chair et dans leur esprit. Si par le passé l’omission a pu être tenue pour une forme de réponse, nous voulons aujourd’hui que la solidarité, entendue dans son acception la plus profonde et exigeante, caractérise notre façon de bâtir le présent et l’avenir, en un espace où les conflits, les tensions et surtout les victimes de tout type d’abus puissent trouver une main tendue qui les protège et les sauve de leur douleur (cf. Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, n°228). Cette solidarité à son tour exige de nous que nous dénoncions tout ce qui met en péril l’intégrité de toute personne. Solidarité qui demande de lutter contre tout type de corruption, spécialement la corruption spirituelle, «car il s’agit d’un aveuglement confortable et autosuffisant où tout finit par sembler licite: la tromperie, la calomnie, l’égoïsme et d’autres formes subtiles d’autoréférentialité, puisque «Satan lui-même se déguise en ange de lumière» (2Co11,14)» (Exhortation apostolique Gaudete et Exsultate, n°165). L’appel de saint Paul à souffrir avec celui qui souffre est le meilleur remède contre toute volonté de continuer à reproduire entre nous les paroles de Caïn: «Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère?» (Gn 4,9). 

Je suis conscient de l’effort et du travail réalisés en différentes parties du monde pour garantir et créer les médiations nécessaires pour apporter sécurité et protéger l’intégrité des mineurs et des adultes vulnérables, ainsi que de la mise en œuvre de la tolérance zéro et des façons de rendre compte de la part de tous ceux qui commettent ou dissimulent ces délits. Nous avons tardé dans l’application de ces mesures et sanctions si nécessaires, mais j’ai la conviction qu’elles aideront à garantir une plus grande culture de la protection pour le présent et l’avenir.

Conjointement à ces efforts, il est nécessaire que chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin. Une telle transformation nécessite une conversion personnelle et communautaire, et nous pousse à regarder dans la même direction que celle indiquée par le Seigneur. Ainsi saint Jean-Paul II se plaisait à dire: «Si nous sommes vraiment repartis de la contemplation du Christ, nous devrons savoir le découvrir surtout dans le visage de ceux auxquels il a voulu lui-même s’identifier» (Lettre apostolique Novo Millenio Ineunte, n°49). Apprendre à regarder dans la même direction que le Seigneur, à être là où le Seigneur désire que nous soyons, à convertir notre cœur en sa présence. Pour cela, la prière et la pénitence nous aideront. J’invite tout le saint peuple fidèle de Dieu à l’exercice pénitentiel de la prière et du jeûne, conformément au commandement du Seigneur1, pour réveiller notre conscience, notre solidarité et notre engagement en faveur d’une culture de la protection et du «jamais plus» à tout type et forme d’abus.

Il est impossible d’imaginer une conversion de l’agir ecclésial sans la participation active de toutes les composantes du peuple de Dieu. Plus encore, chaque fois que nous avons tenté de supplanter, de faire taire, d’ignorer, de réduire le peuple de Dieu à de petites élites, nous avons construit des communautés, des projets, des choix théologiques, des spiritualités et des structures sans racine, sans mémoire, sans visage, sans corps et, en définitive, sans vie2. Cela se manifeste clairement dans une manière déviante de concevoir l’autorité dans l’Église – si commune dans nombre de communautés dans lesquelles se sont vérifiés des abus sexuels, des abus de pouvoir et de conscience – comme l’est le cléricalisme, cette attitude qui «annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale que l’Esprit Saint a placée dans le cœur de notre peuple»3. Le cléricalisme, favorisé par les prêtres eux-mêmes ou par les laïcs, engendre une scission dans le corps ecclésial qui encourage et aide à perpétuer beaucoup des maux que nous dénonçons aujourd’hui. Dire non aux abus, c’est dire non, de façon catégorique, à toute forme de cléricalisme.

Il est toujours bon de rappeler que le Seigneur, «dans l’histoire du salut, a sauvé un peuple. Il n’y a pas d’identité pleine sans l’appartenance à un peuple. C’est pourquoi personne n’est sauvé seul, en tant qu’individu isolé, mais Dieu nous attire en prenant en compte la trame complexe des relations interpersonnelles qui s’établissent dans la communauté humaine: Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire, dans la dynamique d’un peuple» (Exhortation apostolique Gaudete et Exsultate, n°6). Ainsi, le seul chemin que nous ayons pour répondre à ce mal qui a gâché tant de vies est celui d’un devoir qui mobilise chacun et appartient à tous comme peuple de Dieu. Cette conscience de nous sentir membre d’un peuple et d’une histoire commune nous permettra de reconnaître nos péchés et nos erreurs du passé avec une ouverture pénitentielle susceptible de nous laisser renouveler de l’intérieur.

Tout ce qui se fait pour éradiquer la culture de l’abus dans nos communautés sans la participation active de tous les membres de l’Église ne réussira pas à créer les dynamiques nécessaires pour obtenir une saine et effective transformation. La dimension pénitentielle du jeûne et de la prière nous aidera en tant que peuple de Dieu à nous mettre face au Seigneur et face à nos frères blessés, comme des pécheurs implorant le pardon et la grâce de la honte et de la conversion, et ainsi à élaborer des actions qui produisent des dynamismes en syntonie avec l’Évangile. Car «chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui» (Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, n°11).

Il est essentiel que, comme Église, nous puissions reconnaître et condamner avec douleur et honte les atrocités commises par des personnes consacrées, par des membres du clergé, mais aussi par tous ceux qui ont la mission de veiller sur les plus vulnérables et de les protéger. Demandons pardon pour nos propres péchés et pour ceux des autres. La conscience du péché nous aide à reconnaître les erreurs, les méfaits et les blessures générés dans le passé et nous donne de nous ouvrir et de nous engager davantage pour le présent sur le chemin d’une conversion renouvelée.

En même temps, la pénitence et la prière nous aideront à sensibiliser nos yeux et notre cœur à la souffrance de l’autre et à vaincre l’appétit de domination et de possession, très souvent à l’origine de ces maux. Que le jeûne et la prière ouvrent nos oreilles à la douleur silencieuse des enfants, des jeunes et des personnes handicapées. Que le jeûne nous donne faim et soif de justice et nous pousse à marcher dans la vérité en soutenant toutes les médiations judiciaires qui sont nécessaires. Un jeûne qui nous secoue et nous fasse nous engager dans la vérité et dans la charité envers tous les hommes de bonne volonté et envers la société en général, afin de lutter contre tout type d’abus sexuel, d’abus de pouvoir et de conscience.

De cette façon, nous pourrons rendre transparente la vocation à laquelle nous avons été appelés d’être «le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain» (Concile Vatican II, Lumen Gentium, n°1).

«Si un membre souffre, tous les membres souffrent avec lui», nous disait saint Paul. Au moyen de la prière et de la pénitence, nous pourrons entrer en syntonie personnelle et communautaire avec cette exhortation afin que grandisse parmi nous le don de la compassion, de la justice, de la prévention et de la réparation. Marie a su se tenir au pied de la croix de son fils. Elle ne l’a pas fait de n’importe quelle manière mais bien en se tenant fermement debout et à son côté. Par cette attitude, elle exprime sa façon de se tenir dans la vie. Lorsque nous faisons l’expérience de la désolation que nous causent ces plaies ecclésiales, avec Marie il nous est bon «de donner plus de temps à la prière» (saint Ignace de Loyola, Exercices Spirituels, 319), cherchant à grandir davantage dans l’amour et la fidélité à l’Église. Elle, la première disciple, montre à nous tous qui sommes disciples comment nous devons nous comporter face à la souffrance de l’innocent, sans fuir et sans pusillanimité. Contempler Marie c’est apprendre à découvrir où et comment le disciple du Christ doit se tenir.

Que l’Esprit Saint nous donne la grâce de la conversion et l’onction intérieure pour pouvoir exprimer, devant ces crimes d’abus, notre compassion et notre décision de lutter avec courage.

​

Du Vatican, le 20 août 2018

Pape François 

​

​

1.    «Mais cette sorte de démons ne se chasse que par la prière et par le jeûne» (Mt 17,21).

2.    Cf. Lettre au peuple de Dieu en marche au Chili, 31 mai 2018.

3.    Lettre au Cardinal Marc Ouellet, Président de la Commission Pontificale pour l’Amérique Latine, 19 mars 2016.

​

​

​

La cruche fissurée

​

Un vendeur d'eau se rend à la rivière chaque matin, remplit ses deux cruches et part vers la ville distribuer l'eau à ses clients. L'une des cruches, fissurée, perd de l'eau; l'autre, toute neuve, rapporte plus d'argent. La pauvre cruche fissurée se sent inférieure...

Elle décide, un matin, de se confier à son patron: «Tu sais, dit-elle, je suis consciente de mes limites. Tu perds de l'argent à cause de moi, car je suis à moitié vide quand nous arrivons en ville. Pardonne mes faiblesses.» Le lendemain, en route vers la rivière, notre patron interpelle sa cruche fissurée et lui dit: «Regarde sur le bord de la route.» –«C’est joli, c'est plein de fleurs..» – «C'est grâce à toi, réplique le patron. J'ai acheté un paquet de graines de fleurs, et je les ai semées le long de la route, et toi, sans le savoir ni le vouloir, tu les arroses chaque matin.»

​

Ne l'oublie jamais: nous sommes tous un peu fissurés, mais Dieu, si nous le lui demandons, sait faire des merveilles de nos faiblesses.

​

​

Seigneur, apprends-moi l’art des petits pas

​

Seigneur, apprends-moi l’art des petits pas. 

Je ne demande pas de miracles ni de visions, 

mais je demande la force pour le quotidien! 

Rends-moi attentif et inventif pour saisir au bon moment 

les connaissances et expériences qui me touchent particulièrement. 

Affermis mes choix dans la répartition de mon temps. 

Donne-moi de sentir ce qui est essentiel et ce qui est secondaire. 

Je demande la force, la maîtrise de soi et la mesure, 

que je ne me laisse pas emporter par la vie, 

mais que j’organise avec sagesse le déroulement de la journée. 

Aide-moi à faire face aussi bien que possible à l’immédiat 

et à reconnaître l’heure présente comme la plus importante. 

Donne-moi de reconnaître avec lucidité que la vie s’accompagne de difficultés, 

d’échecs, qui sont occasions de croître et de mûrir. 

Fais de moi un homme capable de rejoindre ceux qui gisent au fond. 

Donne-moi non pas ce que je souhaite, mais ce dont j’ai besoin. 

Apprends-moi l’art des petits pas! 

Antoine de Saint-Exupéry

​

Va vers toi-même

​

Va vers toi-même. Étonne-toi de toi. Accueille la polyphonie qui t'habite. Les couleurs de ta palette sont plus que tu ne l'imagines. Réveille les lumières de ton vitrail intérieur. As-tu déjà contemplé un vitrail de près? Vu de l'extérieur, il paraît un peu gris et triste. Il faut entrer dans le sanctuaire ou dans la maison. Et s'asseoir. Pas seulement un jour, une fois. S'asseoir souvent, quelques minutes, mais à des heures différentes, quand il fait beau soleil, quant il fait pluie, par temps de neige ou de brouillard. Quelle vie, un vitrail! A chaque saison du jour une lumière nouvelle. Assieds-toi près de toi, respire un bon coup, laisse un peu de souffle t'envahir, et dis-toi que le premier vitrail, c'est toi ». 

Père Gabriel Ringlet 

​